Vivre poétiquement ou politiquement ?

Dans son livre Le Plâtrier siffleur, Christian Bobin dit : « Je crois qu’habiter poétiquement le monde, c’est l’habiter aussi et d’abord en contemplatif. » Habiter le monde de cette manière, c’est se contenter d’observer, de s’émerveiller, d’interroger, de réfléchir, de formuler et reformuler le mystère de l’existence à satiété. C’est, en somme, ce que Spinoza appelait le « regard de l’éternité », cette façon de se tenir en retrait du tumulte pour mieux en saisir la profondeur. Or, notre vie de tous les jours est régie non par des poètes mais par des hommes politiques, une espèce de gangsters modernes qui, après avoir échoué en tout, trouvent dans la gestion de la cité un dernier territoire d’aventures.
Que faire ? Être réaliste, suivre Nicolas Machiavel et se résoudre à l’idée que même si tout n’est pas politique, la politique, elle, s’intéresse à tout, ou continuer à rêver en solitaire ? Hegel nous avertissait déjà que quiconque prétend vivre en dehors de la cité est soit un dieu, soit une bête. Ceux et celles qui ont l’habitude de prendre le bâton par le milieu n’hésiteront pas à plaider pour la nuance, oubliant qu’entre la poésie et la politique, on ne trouve pas un peu des deux, mais une espèce d’idéologie bâtarde que l’on appelle communément l’opportunisme.
Personnellement, je pense que la meilleure manière de faire de la politique tout en étant poète est de se dévouer exclusivement à la poésie et, parallèlement, la meilleure manière de vivre poétiquement tout en faisant de la politique, c’est d’avoir quelques idées claires et d’y tenir jusqu’à l’obsession. Car, comme le rappelait Camus, ce n’est pas le combat qui épuise l’homme, c’est l’absence de conviction.

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