
Kamel Daoud, trois ans de prison pour son roman « Hourris »
Une nouvelle tension dans la guerre culturelle que mène le régime algérien contre la France. Kamel Daoud a annoncé sur X sa condamnation par les tribunaux algériens à trois ans de prison ferme et cinq millions de dinars algériens d’amende pour son roman Houris (Gallimard, 2024). Ce livre, qui lui avait valu le prix Goncourt en 2024, retrace l’histoire d’Aube, une jeune coiffeuse algérienne rescapée de la décennie noire (1991-2002) — cette guerre civile que le régime dictatorial d’Alger s’acharne à effacer de la mémoire collective.
L’écrivain franco-algérien précise avoir été condamné « en application de la Charte pour la paix et la réconciliation nationale », un texte qui, selon ses propres mots, « réprime l’évocation publique de la guerre civile ». Une décennie durant, l’Algérie a vécu au rythme des affrontements sanglants entre l’État et les groupes islamistes armés. « Dix ans de guerre, près de 200 000 morts selon les estimations, des milliers de terroristes amnistiés… et un seul coupable : un écrivain », écrit-il amèrement sur X.
Saada Arbane : derrière la condamnation officielle, une autre histoire
Sous le vernis juridique de la Charte pour la paix et la réconciliation nationale se dissimule peut-être un motif bien plus trouble. Saada Arbane, une Algérienne elle-même survivante de la décennie noire, affirme reconnaître dans Houris les contours de sa propre vie. Elle accuse Kamel Daoud d’avoir puisé dans son histoire personnelle, sa souffrance et son identité pour bâtir son roman primé — sans jamais solliciter son accord. Un acte qu’elle décrit comme un véritable vol de mémoire.
Sa plainte déposée en Algérie aurait ainsi offert au régime une couverture judiciaire inespérée pour frapper un auteur devenu trop visible sur la scène internationale. Brandir la seule censure politique aurait exposé Alger aux foudres de la communauté internationale. En plaçant une victime algérienne réelle au cœur de la procédure, la justice a pu donner une façade de légitimité à ce qui ressemble, au fond, à un règlement de comptes politique contre une voix qui dérange.
