Les Amazighs de France interpellent Leïla Slimani : le Maroc n’est pas arabe

Dans une lettre collective adressée le jeudi 2 avril à Leila Slimani, six associations amazighes de France représentant les diasporas du Maroc, d’Algérie, de Tunisie et de Libye (l’ACB, Agraw N’Bariz, Franco-Amazigh, la Marche des Diasporas Amazighes de France, Tamaynut France et Tiwizi59), ont interpellé vivement l’écrivaine franco-marocaine quant à son occultation systématique de la dimension amazighe du Maroc dans ses prises de parole médiatiques.

C’est à l’occasion de la promotion de son dernier ouvrage, Assaut contre la frontière, que la controverse a éclaté. Les signataires relèvent : « A chacune de vos prises de parole dans les médias français pour évoquer votre pays d’origine, le Maroc, une impression persistante se dégage : celle d’un pays réduit à sa seule dimension arabe. » La lettre pose une série de questions directes à l’auteure : ignore-t-elle « les racines profondément amazighes du Maroc, qui constituent pourtant un socle essentiel de son histoire et de son identité » ? Ignore-t-elle que « la langue amazighe est parlée par une part importante de la population marocaine, y compris dans votre région d’origine » ? Les associations rappellent également que cette langue, « longtemps marginalisée, est reconnue comme langue officielle du Maroc depuis la réforme constitutionnelle de 2011 ».

Les signataires soulèvent aussi la question de la darija, souvent présentée comme un simple dialecte arabe, « alors qu’elle porte en elle une forte empreinte amazighe, tant dans ses structures que dans son vocabulaire ».

Ce qui indigne particulièrement les associations, c’est le paradoxe apparent entre les combats publics de Leïla Slimani et ses silences sur la question amazighe. « Nous pourrions comprendre qu’un regard extérieur, peu informé, réduise le Maroc à une identité monolithique », écrivent-elles, avant d’interroger : « Mais comment expliquer, chez une intellectuelle de votre envergure, cette omission répétée de la diversité culturelle marocaine, vous qui combattez le regard colonial qui invisibilise ? » La lettre va plus loin, posant la question de savoir s’il s’agit « d’une méconnaissance incompréhensible ou d’un déni étonnant d’une composante essentielle de notre identité collective par une femme aussi cultivée qui dit défendre l’identité linguistique marocaine réduite strictement à la langue arabe. »

Loin de se limiter au seul cas marocain, les associations replacent l’héritage amazigh dans une perspective géographique plus large, rappelant qu’il « est par ailleurs partagé par toute l’Afrique du Nord, le Sahel et certains pays du pourtour méditerranéen ».

La lettre se conclut sur un appel à la responsabilité : « Votre voix porte, et vos mots façonnent des représentations. À ce titre, ils engagent une responsabilité. » Les signataires espèrent que l’auteure saura, dans ses futures prises de parole, « refléter avec davantage de justesse la richesse et la pluralité du Maroc en reconnaissant la dimension fondamentale de son héritage amazigh. »

 

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