
Décès de l’écrivain Lamine Benallou : la littérature algérienne perd une voix singulière
Le monde des lettres algériennes est en deuil. L’écrivain Lamine Benallou, figure majeure de la littérature contemporaine, nous a quittés, laissant derrière lui une œuvre profonde et singulière qui a marqué plusieurs générations de lecteurs.
Un écrivain oranais au parcours atypique
Né en 1958 à Oran, ville qu’il n’a jamais cessé de porter en lui, Lamine Benallou a construit une œuvre littéraire nourrie par ses expériences entre l’Algérie et l’Espagne, où il résidait depuis 1994. Son écriture, profondément ancrée dans la réalité algérienne, explorait avec finesse les thèmes de l’identité, de l’exil et des bouleversements sociopolitiques.
Parmi ses œuvres les plus marquantes, on compte notamment Les porteurs de parole et Les vies multiples d’Adam, ce dernier publié par les éditions Frantz-Fanon qui a été lauréat du Prix de l’Université des Frères Mentouri de Constantine, finaliste du Prix Orange du livre en Afrique et finaliste du Prix Mohammed Dib. Dans ce roman, Benallou déployait tout son talent pour brouiller les frontières entre réalité et fiction, créant un univers où le monde perd son sens propre pour devenir une métaphore insaisissable. Son écriture unique savait capter l’atmosphère de méfiance et d’angoisse qui peut habiter une ville, tout en offrant une réflexion profonde sur la condition humaine.
Une perte irréparable pour la littérature
La nouvelle de son décès, survenu à Alicante des suites d’une longue maladie, a profondément ému le milieu littéraire algérien et au-delà. La maison d’édition Frantz Fanon a annoncé la triste nouvelle en ces termes : « Nous avons le regret de vous informer que l’irremplaçable Lamine Benallou, grand écrivain, passionné jusqu’à la démesure d’arts et de lettres, polyglotte, auteur autant francophone qu’hispanophone, homme d’une inépuisable douceur, ami attentionné et généreux, grand compagnon littéraire de Juan Goytisolo et d’Amin Maalouf, est décédé à Alicante des suites d’une longue maladie. Il nous manque déjà et il manquera à jamais à son unique et vrai pays : LA LITTÉRATURE. Qu’il repose en paix. Nos condoléances les plus sincères à sa famille et ses proches. »
Amar Ingrachen, son éditeur et ami, a également exprimé sa douleur dans un témoignage poignant : « J’ai commencé une discussion avec Lamine Benallou sur la littérature et la vie et il est parti avant qu’on la termine. Je suis profondément triste aujourd’hui et je le serai sans doute pour le restant de ma vie car des Lamine comme notre Benallou national, il n’en naît qu’un par millénaire et, nécessairement, à Oran et il n’existe qu’un seul Oran sur la planète. Merci aux amis Mourad Senouci, Rabehsebaa Sebaa et tous les Oranais, hommes et femmes, d’avoir été les dignes complices de ces moments inoubliables passés au côté de notre regretté ami. Qu’il repose en paix. Mes sincères condoléances à sa famille et à tous ses proches. »
Ces mots témoignent de la dimension exceptionnelle de l’homme et de l’écrivain qu’était Lamine Benallou, mais aussi de son attachement indéfectible à sa ville natale, Oran, qui irriguait son œuvre et son être tout entier et à laquelle il a consacré un magnifique livre en cours d’édition chez Frantz Fanon : Dictionnaire amoureux d’Oran.
Un héritage littéraire précieux
Au-delà de ses romans, Lamine Benallou, polyglotte accompli, avait également consacré une partie de son travail à la réflexion sur l’islam, ses liens avec l’Occident et ses rapports à l’art et à l’esthétique. Son œuvre, riche et diversifiée, demeure un patrimoine littéraire précieux qui continuera d’inspirer les lecteurs et les écrivains des générations futures. La disparition de Lamine Benallou laisse un vide immense dans le paysage littéraire algérien. Son regard singulier sur le monde, sa capacité à transformer la réalité en une poésie troublante, et son attachement profond à ses racines oranaises resteront à jamais gravés dans la mémoire collective.
