« Incohérence de la pensée arabiste » de Lahcen Ouladj, une ode à la rationalité

L’universitaire marocain Lahcen Ouladj* vient de publier un précieux ouvrage où il analyse la pensée arabiste à travers les travaux de deux auteurs : l’algérien Mohammed Arkoun et le marocain Al Jabri. La lecture fluide de cet examen critique est passionnante en ce sens qu’elle conduit à une conclusion intellectuelle claire concernant notamment la production de ce dernier.

La célèbre Critique de la pensée arabe d’Al Jabri est fondamentalement polluée par une idéologie panarabiste qui obère la libération de la pensée. C’est pourtant à l’aune de ces préceptes et idées que se sont longtemps abreuvés les élites de la gauche marocaine.

Mieux structurée, l’œuvre d’Arkoun est perçue comme un message dont la vocation humaniste amortit « les limites d’un langage hermétiques et les ambiguïtés paralysantes (…) »

Dépassant ces deux approches, « Incohérence de la pensée arabiste » est un essai qui invite à une rupture radicale. Il s’agit de s’émanciper « d’un passé islamique idéalisé (…) pour embrasser pleinement la modernité universelle » afin d’investir enfin « l’humanisme critique hérité des Lumières, seule voie pour déconstruire les archaïsmes contemporains. »

Cette publication intervient dans une séquence historique sensible pour une Afrique du nord qui s’est émancipée du suprémacisme arabo-islamique mais qui peine toujours à installer son ambition identitaire dans une matrice régionale de plus en plus connotée par un substrat amazigh auquel Lahcen Ouladj consacre une part importante de ses réflexions. Largement infusé dans les sociétés de Tamazgha ce socle originel, s’il n’est plus formellement renié par les pouvoirs en place, connait des déclinaisons institutionnelles plus ou moins aléatoires dans les pays de la région. Le poids de la doxa panarabiste qui ne vaut plus comme carburant du débat académique exclusif pèse, par son effet d’inertie mentale, en tant que frein intellectuel.

C’est cette mécanique de la pensée longtemps confisquée par les slogans ou enkystée par les réductions conceptuelles que décrit avec rigueur et précision le travail de Lahcen Ouladj.

On ne sait pas si l’auteur a délibérément choisi de publier maintenant la somme de ses longues réflexions mais elles sont particulièrement opportunes pour nourrir le débat sur le destin post colonial d’une Afrique du Nord à la croisée des chemins. À lire absolument.

 

Lahcen Ouladj, Incohérence de la pensée arabiste, Paris, L’harmattan, 2025, 334 pages, 34 euros.

*Lahcen Ouladj est un acteur majeur de la vie universitaire, institutionnelle et culturelle du Maroc. Ancien doyen de la Faculté de Droit et d’Économie, il fut aussi membre du conseil d’administration de l’Institut royal pour la culture amazigh au Maroc, l’IRCAM. Il est aujourd’hui président de commission dans le Conseil économique social et environnemental, le CESE.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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