
« L’imparfait », nuit à la Galleria Borghese de Rome
Dans la merveilleuse collection Ma nuit au musée, Éric Reinhardt nous propose une nuit à la Galleria Borghese de Rome, à la rencontre de l’Hermaphrodite, ni homme ni femme. Ce séjour donne tout d’abord lieu à un pataquès : l’écrivain n’est pas attendu à l’hôtel, sa chambre n’est pas préparée, de fait, un lit de camp dressé dans la salle du David au musée. In fine, si, on retrouve la réservation. Ouf. Puis arrive un personnage singulier, en la personne d’Isabelle Adjani, avec sa chevelure noire et ses lunettes de soleil. Qui repart avec un poster de l’Hermaphrodite.
Tout commence par un cauchemar : l’auteur émascule la statue et se voit déjà, tel DSK, menotté, transféré en garde à vue et à la une des journaux « un écrivain français de seconde zone brise net le sexe de l’hermaphrodite de la Galleria Borghese ». Irrésistible, l’humour made in Reinhardt. Question cruciale : Faut-il se documenter avant cette rencontre ou s’en remettre à son intuition et à son intériorité ? Tel est le dilemme. « J’ai peur que l’hermaphrodite refuse de me parler ». L’écrivain, dans son costume des années quatre-vingt, n’en mène pas large. D’autres statues sont au rendez-vous, sculptures du Bernin, peintures du Cavarage devant lesquelles Reinhardt s’engage à ne pas manger de sa tarte aux légumes huileuse. Ni de boire de Chianti, l’alcool n’étant pas autorisé au sein de l’établissement. On ne touche pas les statues ! Pendant longtemps, oui, c’était possible. Mais plus maintenant. Alors si l’auteur ne peut s’allonger auprès de l’hermaphrodite, comment peut-il la raconter ?
Devant l’enlèvement de Proserpine, « où Pluton soulève du sol la déesse qui se débat », Reinhardt, en duo avec le gardien, se demande quel est le rêve d’une femme ? Et si c’était celui d’être kidnappée par un homme fort et puissant ? Musclé comme une statue.
Le récit à tiroirs mêle l’histoire de la statue à celle de personnages fictionnels, un dentiste, un psychanalyste et une chanteuse non genrée. La lecture pose la question de l’imparfait, de ce que signifie aimer quelque chose de hors norme, magnifique et monstrueux. Troisième niveau de lecture, un cours sur l’art, le baroque, le beau, la sensibilité. Assurément, un livre majeur de la rentrée de janvier.
Éric Reinhardt, L’imparfait, Ma nuit au musée/ Stock, 264 pages, 19 euros 90
