
« Les fleurs du crime de monsieur Baudelaire », humour belge
Dans ce roman, on fréquente un Charles Baudelaire tel qu’on ne l’a jamais vu ; punk avec ses cheveux roses, fauché, drogué, amateur de filles de joie, de femmes des îles (Jeanne Duval, la Vénus noire). Dans la vraie vie, l’artiste vivait avec une chauve-souris et était bourré de manies. Des Belges, il disait que c’était des singes, en raison de son procès pour les Fleurs du mal, et de la non reconnaissance accordée de son vivant. Quand il voyait un Victor Hugo auréolé de gloire en Belgique. Jalousie.
L’écrivaine et ancienne galeriste belge Nadine Montfils a voulu réhabiliter Baudelaire. Forte de nombreux polars, elle vient de la série noire. Rien d’étonnant à ce qu’elle campe le poète au cœur d’un mystère entourant la découverte d’une tête de femme dans un carton à chapeau et d’un corps sans tête sur lequel il trébuche. Qui est la malheureuse ? Un visage connu de Baudelaire ? Et s’il s’agissait d’une vengeance ? Le voilà détective. Plus tard, Jeanne sa maîtresse reçoit dans un carton à chapeau… une langue en décomposition. Encore un cadeau du diable ?
Ce Paris du 19e siècle fait peur. Oui, le diable est bien là, au détour d’une rue, oui le bruit des calèches et la poussière de la ville plantent le décor sulfureux. Les personnages secondaires, eux, sont baroques à souhait : Le père Gabriel, dit Gaby le boucher, la concierge qui appâte les gens de l’immeuble avec des soupes infectes, le ratier, les petits métiers de rue, avec les camelots qui vendent des dentiers usagers, les « tapeurs de vitre » qui réveillent les habitants le matin. Les petites gens, avec leur franc parler. Les femmes dans toute leur sensualité. Celles que l’on aime (Jeanne la frivole, la menteuse), celles que l’on subit (l’épouse dite la mégère). Chaque fleur (en écho aux Fleurs du mal) joue un rôle dans l’intrigue : La rose. L’œillet rouge.
Ce roman a un côté Georges Simenon (Belge lui aussi) avec l’inspecteur Maigret, qui vient percuter la poésie de plein fouet. On pense aussi à Agatha Christie qui aurait rencontré Zola.
Par l’auteure de la série « Les folles enquêtes de Magritte et Georgette ».
Nadine Montfils, Les fleurs du crime de monsieur Baudelaire, Paris, Verso, 320 pages, 17 euros 90.
