« Je suis Romane Monnier », disparition volontaire

Certains tombent amoureux d’une intelligence artificielle. D’autres confondent la vraie vie avec les fonctionnalités d’un téléphone moderne. Thomas hérite à son corps défendant du téléphone d’une jeune femme, Romane Monnier.

Toute sa vie est consignée dans ce petit objet, ses habitudes, ses goûts, ses relations, ses déplacements, ses rêves enfouis. Ce téléphone est la boîte noire de son cerveau. Thomas passe ses soirées à explorer les applications et à craquer les codes secrets.

Pourquoi ?

Malgré lui, il a mis le doigt dans un engrenage. Qui est cette Romane Monnier ? Son histoire fait écho à la sienne à tel point qu’on se demande : et si Romane était Pauline, la mère de sa fille Léo, disparue volontairement ? Il est question dans ce roman conçu en tranches napolitaines de rendez-vous manqués, de deuils difficiles, de système D et de disparition volontaire, cette manière moderne de se réinventer ailleurs, de se soustraire aux contraintes. Thomas a élevé seul sa fille, qu’il a connue suite à un test de paternité lorsqu’elle était dans le premier âge. Il a dû faire face à cette paternité inattendue avec les moyens du bord, sans modèle ni repère. Il a fait de son mieux, avec l’aide de ses amis Nathan et Nour. L’amitié tient une grande place dans ce roman dense à l’écriture serrée.

Ainsi, par le téléphone de Romane, on apprend qu’elle aussi a eu des malheurs, des amitiés comme des bouées de secours.

Au fil des jours, Thomas s’attache à cette inconnue qui finit elle aussi par disparaître sans laisser de trace. Il le voit dans l’absence de messages, la ligne étant coupée, dans les mots d’une amie de Romane venue le voir à l’imprimerie où il travaille. Il y avait entre leurs deux appareils un partage de localisation et le téléphone de Romane a justement bippé ici.

Thomas ment, se dérobe, lui aussi veut faire disparaître son affection à sens unique pour Romane. Il s’attend tout de même à ce qu’un jour elle débarque et lui dise « Je suis Romane Monnier.

Pourquoi cette quête ? Cet entêtement à percer le mystère ? En quoi cela répond il aux questions existentielles de Thomas ? Ce roman sur la disparition volontaire, sur nos fantômes, sur notre rapport au numérique et au réel qui cogne souvent très fort, nous poursuit longtemps après la lecture. Et si Romane, c’était nous ?

 

Delphine de Vigan, Je suis Romane Monnier, Paris, Gallimard,  parution le 15 janvier 2026, 334 pages, 22 euros.

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