« Ce que la mort m’a pris de toi » de Hosni Kitouni

Cet ouvrage illustre une belle et rare connivence entre histoire et littérature. Une complicité féconde entre récit historique et narration autobiographique.  Une remarquable concorde enfantant un texte qui revisite la mémoire de la guerre de libération à partir du socle familial en s’ouvrant par un prologue généalogique qui éclairera la suite tout en rappelant l’adage « Dis-moi d’où tu viens je te dis qui tu es ».

Et l’auteur montre et démontre qu’il est bien le fils de son père. Un père militant indépendantiste de la première heure qui martèle « le sang de nos ancêtres est en nous » sur fond de décor d’une Constantine vue et décrite avec des yeux émerveillés. Une Constantine ornée d’un chapelet de pépites métaphoriques qui s’égrènent selon une rythmique d’apparence non ordonnée mais qui n’a rien de fortuit, d’aléatoire et encore moins de désordonné. Un fil luminescent soude solidement les chapitres lucides et pénétrants, réfléchis et clairvoyants. Alternant l’intime et le collectif, la tiédeur réconfortante de la maison familiale et la glacialité agressive de la rue. La dimension domestique et intrinsèque de la guerre de libération et sa brutalité extrinsèque.

Sur le plan de la forme une remarquable fluidité d’écriture mêlée à une notable sobriété parvenant à articuler mémoire familiale et mémoire nationale tout en cheminant impassiblement à la lisière de la clairière commune de l’histoire nationale et de la littérature universelle. Hosni Kitouni se promène avec aisance dans la vie familiale gagnée par l’inquiétude, comme il avance entre les lignes de progression vers la réalité de la guerre annonçant le départ d’un père discret, humble mais aimant.

Ce que montre cet ouvrage majeur, à travers les péripéties de ce père qui « monte » à la guerre c’est que très peu d’historiens sont intellectuellement pétris de l’âme de leur famille et donc de leur société pour lire, comme Hosni Kitouni, avec autant de profondeur, cet important épisode national. Le grand nombre des écrits sur le sujet donne, trop souvent, l’air de se vautrer dans l’ignorance de ses pulsions comme de ses ‘’convulsions originelles » dont parle Frantz Fanon.

Dans ce cas de figure, comment de tels historiens pourraient-ils se sentir ‘’poreux à tous les souffles du monde’’ se demanderait, très inquiet, Aimé Césaire ? ».

Ce qui est assurément avéré, à la lecture de Ce que la mort m’a pris de toi c’est que Hosni Kitouni nous montre magistralement qu’il suit le chemin croisé de l’histoire et la littérature dans un accouplement fécond.

Hosni Kitouni, Ce que la mort m’a pris de toi, Alger, Casbah éditions, 2025, 160 pages, 1300 DA.

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