« Napoléon et l’Islam », ou la passion de l’Orient

Des livres sur Napoléon, il y en a eu pléthore, dont le fameux Napoléon sur le divan de Dimitri Casali (Flammarion, 2019). On savait l’empereur superstitieux, dévoré d’ambition et génie de la communication. On connaissait moins sa période égyptienne et son islamophilie. Louis Blin, historien et diplomate, consacre tout un ouvrage à Napoélon et l’Islam, après celui dédié à Victor Hugo et l’Islam.

D’une écriture savoureuse, précise, il s’appuie sur sa propre expérience en terre arabe et maghrébine, lui qui a vécu en Algérie, au Maroc, en Syrie, en Égypte, aux Émirats Arabes Unis et en Arabie saoudite. Il a bien sûr étudié le Coran depuis ses études d’arabe à l’université. Ses livres mettent en évidence la part arabe et musulmane de la culture française la plus célébrée. Ceci, dit-il, importe dans ces temps d’islamophobie, type de racisme qui ressort de la haine de soi. Napoléon, qui déclarait « J’aime l’Islam, vénère le prophète, respecte le Coran » n’était ni Corse, ni Français, mais Italien, les Buonaparte se considéraient d’ailleurs comme une famille italienne de Corse.

Dans ce beau livre illustré et découpé en petits chapitres thématisés, Louis Blin explore ce cheminement en Islam de manière souvent psychanalytique, depuis le trouble au sujet de ses origines à sa relation complexe avec son frère Joseph et à son père décédé prématurément. On y apprend que Jean-Jacques Rousseau, dont la famille avait de multiples liens avec l’Empire ottoman, éprouvait un respect profond pour l’Islam. L’homme de lettres a joué le rôle de mentor pour le jeune Napoléon, qui ne s’est cependant pas identifié à lui. On découvre aussi que Freud, passionné d’Égypte, s’est intéressé à Bonaparte. À sa relation amour-haine avec Joseph, ce frère aîné. Passion qui va le pousser à se prendre pour Joseph, le personnage biblique, venu d’Europe à l’Orient, en bienfaiteur. Napoléon s’est ainsi affranchi  de ses liens familiaux, l’Islam en étant le moyen.

Large part est consacrée à l’expédition en 1798 en Égypte, où Napoléon a été baptisé « le sultan El Kébir », Ali-Bonaparte, lui-même se faisant appeler « favori d’Allah ». Enfin, peut-on être à l’époque franc maçon et musulman ? N’oublions pas Napoléon vient d’une famille de maçons. « On ne peut pas être catholique et franc-maçon », a dit le Vatican. À l’époque de Napoléon, la maçonnerie respectait toutes les religions et était compatible avec elles. Là encore, « il voguait donc vers l’Égypte en crypto-maçon entouré de frères, savants ou militaires, un tropisme qui a certainement contribué à le pousser vers ce pays, berceau de la civilisation dans l’imaginaire maçon ». Napoléon n’en finira pas de nous étonner.

Louis Blin, Napoléon et l’Islam, Paris, Erick Bonnier, 267 pages, 22 euros.

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