Le temps, ce péché de l’éternité

« Le temps est le péché de l’éternité », disait Paul Claudel. Nous sommes le dernier jour. De la dernière année. Du premier quart. Du premier siècle. Du troisième millénaire.

Et nous continuons à respirer le même air.  Avec le même embrouillement. Dans le même grouillement. Et dans le même engrisaillement délétère.

Dans le même enchevêtrement des mêmes illusions éphémères. Fracassées sur les parois rigides du reniement. De l’indifférence et du renoncement. Avec la même désaffection et la même résignation planant indolemment sur les murs blafards du même pays toujours en jachère. Mais qui refuse obstinément de s’enfoncer dans le gouffre insondable du délitement mortifère.

Nous sommes à la dernière nuit de la dernière année. De la fin du premier quart. Du premier siècle du troisième millénaire. Et les laissés-pour-compte désespèrent. Les compressés déblatèrent. Et les nouveaux pauvres s’exaspèrent. Les yeux, les oreilles et boyaux tordus par l’insoutenable misère. Leurs dernières chimères rachitiques s’amoncellent piteusement sur les pavés glacés de leur abyssale galère. Au début comme à la fin de chaque année calendaire.

Nous sommes à la fin de la dernière année. Du premier quart. Du premier siècle du troisième millénaire. Et les indécrottables potentats portent toujours leur arrogante indignité en bandoulière. Les palabreurs palabrent. Les gesticulateurs gesticulent. Les voleurs volent. Les détourneurs détournent. Et la terre continue de tourner sur elle-même. Sans conviction et sans repères.

Nous sommes à la fin de la dernière année. De la fin du premier quart, du premier siècle, du troisième millénaire. Et l’Algérie n’a plus le loisir de se taire. Plus la vaillance ni la patience d’endurer encore d’inexprimables calvaires. Qui souilleront, par anticipation, un autre millénaire. Avant d’arracher les dents acérées à l’éternité entière.

Nous sommes à la fin de la dernière année. Du premier quart. Du premier siècle. Du troisième millénaire. Et l’Algérie a froid aux yeux, au cœur, aux pieds, aux entrailles et aux viscères.

Mais elle continue à serrer ardemment ses enfants nés dans le giron fougueux de l’indocilité fière.

Cette Algérie indomptée qui continue à croire résolument en ses femmes et ses hommes qui la portent, inlassablement, au firmament d’une sublimité altière.

 

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