
Algérie: De la parole universitaire ossifiée
« Qu’advient-il du trou lorsque le fromage a disparu ? »
Bertolt Brecht
C’est le dernier mot d’ordre officiel en direction de l’université. Pas d’activité scientifique sans autorisation. Pas d’échanges avec des établissements étrangers. Pas de parole sans signalisation. Une université où le moindre balbutiement doit être formellement certifié. Bureaucratiquement codifié. Et administrativement purifié. Une université où le moindre colloque, la moindre table ronde nécessite une permission d’une bureaucratie monstrueusement centralisée. Une université où le moindre frémissement de l’esprit est effroyablement embrigadé. N’importe quelle microscopique manifestation académique est solidement enrégimentée. Des demandes d ’autorisation d’ouvrir la bouche, adressés six mois à l’avance à une fumeuse intendance de l’inintelligence. Une intendance du sevrage drastique du verbe où les projections d’Orwell sont d’une affligeante banalité. Car ici c’est l’invention de la moulinette broyeuse d’idées. Du jamais vu dans aucune université du monde. Ni même de sa lointaine périphérie.
L’obligation d’obtention d’une autorisation de réfléchir dans une institution où la réflexion est, supposément, sa raison fondamentale d’exister. Il s’agit alors juste de rappeler une saillante évidence : Le seul gage pour l’existence de la pertinence est la reconnaissance naturelle et soutenue de l’intelligence.
