
Quand la lumière Sansal aveugle l’égo Khadra
Vraiment, Monsieur Khadra ? Yasmina Khadra, l’illustre. Yasmina Khadra, le célèbre. Yasmina Khadra qui parle à Tebboune. Yasmina Khadra qui, lui, aurait pu. Samedi 22 novembre, à Radio-Canada. L’auteur de L’attentat s’exprime sur Boualem Sansal. Noble intention. Défense de la liberté. « La place d’un écrivain n’est pas en prison. » Juste. Louable même.
Puis vient la saillie. L’éclat d’ego. « C’est la France qui a fait que Sansal reste une année en prison. Moi, j’aurais pu le faire sortir beaucoup plus tôt. » Moi. J’aurais pu. Beaucoup plus tôt. Trois coups de poignard à l’humilité. Qui parle ainsi ? Un sauveur ? Un héros méconnu ? Un homme qui se prend au sérieux au point de s’oublier ?
Pendant ce temps, dans une cellule algérienne : Boualem Sansal. Un an de prison. Un an pour avoir osé penser librement. Un an à payer le prix de sa liberté de ton. Et Sansal, lui, que dit-il ? Rien qui ressemble à « je suis un martyr ». Rien qui fleure la mégalomanie. Juste la dignité. L’humilité face au monde. La force tranquille de celui qui a tout perdu sauf l’essentiel. Alors, cette phrase de Khadra. Cette prétention. Ce « moi, j’aurais pu ». N’est-ce pas précisément ce que Sansal refuse d’être ? Cette vanité déguisée en vertu ? Cet ego qui se surprend à se prendre pour providence ? Khadra demande à Tebboune. Khadra plaide. Khadra s’agite. Fort bien. Mais transformer cette démarche en faire-valoir personnel ? En reproche à la France ? En « j’aurais pu » triomphant ?
Boualem Sansal paie. Yasmina Khadra parade. L’un a perdu sa liberté mais garde sa grandeur d’âme. L’autre a toute sa liberté mais perd, à chaque déclaration, un peu de sa stature. « Moi, j’aurais pu. » Non, Monsieur Khadra. Vous n’avez pas pu. Sansal est resté un an en prison. Les faits parlent. Votre ego, lui, parle trop. Et si le vrai courage n’était pas de dire « j’aurais pu », mais de se taire et d’agir ? Sans tambour. Sans « moi ». Sans cette ivresse de soi qui transforme la solidarité en publicité.
Sansal, dans l’ombre de sa cellule, est plus lumineux que Khadra sous les projecteurs de Radio-Canada. L’un a payé. L’autre se paie de mots.
