
Mohammed Harbi, troisième intellectuel algérien à être incinéré
Les obsèques de Mohammed Harbi se sont déroulées au crématorium du cimetière du Père-Lachaise à Paris sous les voix d’Aissa Djarmouni et Houria Aichi, deux voix berbères des Aurès qui expriment toute l’authenticité niée par l’Algérie officielle. Ce choix a suscité des indignations dans les milieux qui confondent religion et identité, nation algérienne et nation islamique. Mohammed Harbi, lui, sait que considérer l’islam comme une identité est une escroquerie et que, à l’échelle de l’Histoire, l’homme prime sur Dieu.
Bien que moudjahid, patriote de race, Mohammed Harbi n’a pas choisi de se faire enterrer au cimetière d’El Alia, aux côtés de la majorité des usurpateurs de l’indépendance algérienne contre lesquels il s’est battu, notamment le colonel Boumédiène qui l’a emprisonné et torturé avec ses amis Hocine Zehouane et Bachir Hadj Ali. « On ne repose pas à côté de son bourreau », semble-t-il répondre à ceux et celles qui se posent la question sur son choix.
Comme dernier vœu, il a demandé à être incinéré, devenant ainsi la troisième grande figure intellectuelle algérienne après Mohamed Belhalfaoui et sa fille à finir en cendres. Ce dernier, né en 1912 à Mdina Jdida à Oran, fut une figure majeure de la culture algérienne. Instituteur, poète, traducteur et spécialiste du melhoun (la poésie orale maghrébine), Belhalfaoui consacra sa vie à la défense de la langue et de la culture populaires algériennes. Après une carrière d’enseignant marquée par son engagement politique – il fut emprisonné trois mois pour sa participation aux manifestations contre la déportation de Messali Hadj – il soutint en 1969 une thèse sur la littérature orale arabe maghrébine sous la direction de l’arabisant Charles Pellat. Son ouvrage majeur, La poésie orale maghrébine d’expression populaire, publié en 1973, reste une référence. Belhalfaoui mourut en mars 1993 à Bobigny et, selon sa volonté, ses cendres furent dispersées au Mont-Valérien. Sa fille Aïcha, ancienne journaliste à la Chaine Trois et écrivaine, autrice notamment du livre L’indigènes aux semelles du vents sous le pseudonyme Nina Hayat, fit de même à son décès en 2005, affirmant que « l’islam est bien trop intelligent pour le culte des morts et des tombes : religion des vivants d’abord ! »
Comme Belhalfaoui avant lui, Mohammed Harbi a défié les diktats mortifères, choisissant d’être radicalement libre même dans sa mort, comme il l’avait été toute sa vie.

Bonjour
Je viens de lire l’article consacré à Harbi et signé Nabila Skander, article qui m’a choqué par son amalgamme consistant à confondre quelques dictateurs politiques de l’Algérie postindépendance avec Islam et peuple algérien. Quant à la dispersion des cendres de Harbi sur le ciel de Père Lachaise, cela ressort de sa volonté testamentaire… Mais je trouve quand même bizarre qu’un ex dirigeant nationaliste devenu intellectuel critique envers le pouvoir et se disant proche du peuple et de l’Algérie ait laissé des consignes ou un testament pour que ses cendres soient dispersées à Paris et non à Skikda…
Exactement. Le choix est personnel, mais le symbole est politique et historique. On ne peut pas revendiquer la proximité avec le peuple et rompre jusque dans la mort avec sa terre et sa mémoire.
L’homme prime sur Dieu! C’est aller fort,trop fort.
Honteux pour un ancien combattant de la guerre de libération : une fin sinistre et déroutante, en totale contradiction avec le combat revendiqué. Au-delà du choix personnel, c’est le symbole qui choque et qui interroge la fidélité aux idéaux pour lesquels tant d’autres sont tombés.
Les Algériens se sont battus pour l’indépendance et un Etat démocratique et social, pas pour l’islam. L’islam est une affaire personnelle et il ne regarde que ceux et celles ui y croient.
Malheur à tout citoyen sachant la valeur de cet intellectuel disparu presque inaperçu et dire même dans l’anonymat . Je ne regarde pas son choix de sas sépulture d’être enterrer ou incinérer , là c’est privé et personnel . L’essentiel que je dois mémoriser en sa personne , c’est son devoir d’un citoyen envers sa patrie que tout le monde lui reconnait son engagement vers sa patrie . Dieu ait son âme , que notre Seigneur lui réserve une place parmi ses frères . Amène .