
« Le cœur brisé », David Grossman qualifie la situation à Gaza de « génocide »
L’écrivain israélien de renommée mondiale, figure emblématique de la paix, utilise pour la première fois ce terme dans une interview choc au quotidien italien La Repubblica, confirmant ainsi son engagement pacifiste et son parti pris historique pour la solution à deux États au conflit israélo-palestinien.
Dans une interview bouleversante accordée au quotidien italien La Repubblica et publiée vendredi 1er août 2025, l’écrivain israélien David Grossman a franchi une ligne rouge qu’il s’était longtemps refusé à traverser. « Pendant de nombreuses années, j’ai refusé d’utiliser ce mot », confie-t-il au journal, avant d’ajouter : « Mais maintenant, après les images que j’ai vues et après avoir parlé à des gens qui étaient là-bas, je ne peux pas m’empêcher de l’utiliser. » Le terme « génocide » appliqué aux actions israéliennes à Gaza résonne avec une force particulière dans la bouche de David Grossman. « Je prononce ce mot avec une immense douleur et le cœur brisé », précise l’auteur de 70 ans. Il compare l’impact de cette accusation à « une avalanche : une fois qu’on la prononce, elle ne fait que grandir, comme une avalanche. » Cette déclaration intervient dans un contexte où d’autres voix israéliennes commencent également à employer ce terme controversé, notamment certaines organisations de défense des droits de l’homme du pays.
Dans cette interview à La Repubblica, Grossman réitère sa conviction que l’occupation de la Cisjordanie et de Gaza après la guerre des Six Jours constitue un moment charnière dans l’histoire d’Israël. « Je suis absolument convaincu que la malédiction d’Israël a commencé avec l’occupation des territoires palestiniens en 1967. »
L’écrivain, qui reste un défenseur de la solution à deux États, lie directement l’usage même de ce terme en association avec Israël à « effondrement moral dévastateur lié à l’occupation. »
Pour rappel, David Grossman, né en 1954 à Jérusalem, est l’une des figures les plus respectées de la littérature israélienne contemporaine et un militant infatigable pour la paix. Journaliste de formation, il s’est imposé comme une voix morale incontournable de son pays, n’hésitant jamais à critiquer les politiques qu’il juge contraires aux valeurs humanistes.
Son parcours littéraire exceptionnel comprend des œuvres majeures qui ont marqué la littérature mondiale. Parmi ses romans les plus célèbres figurent Voir sous : Amour (See Under: Love, 1986), une méditation puissante sur la Shoah et ses répercussions sur les générations suivantes, et Jusqu’au bout de la terre (To the End of the Land, 2008), un récit poignant d’une mère israélienne qui refuse d’apprendre la mort éventuelle de son fils parti à la guerre.
Il a également écrit Le Livre de la grammaire intérieure (1991), Quelqu’un avec qui courir (2000), et plus récemment Tombé hors du temps (2011) et Un cheval entre dans un bar (2014), ce dernier lui ayant valu le prestigieux Prix international Man Booker en 2017.
L’engagement pacifiste de David Grossman n’est pas qu’intellectuel : il est profondément personnel. En 2006, il a perdu son fils Uri, âgé de 20 ans, lors des derniers jours de la guerre du Liban. Cette tragédie personnelle n’a fait que renforcer sa conviction que seule la paix peut mettre fin au cycle de violence qui ensanglante la région.
Ses prises de position courageuses lui ont valu reconnaissance internationale et critiques domestiques. Grossman n’a jamais hésité à s’opposer aux politiques de son gouvernement quand elles contredisaient ses convictions humanistes, faisant de lui une conscience morale respectée bien au-delà des frontières d’Israël.
Cette interview à La Repubblica marque un tournant dans son discours, témoignant de la profondeur de sa détresse face à l’évolution du conflit et de sa fidélité inébranlable à ses principes éthiques, même quand cela lui coûte personnellement.