« La France est l’amie de l’Algérie » (Boualem Sansal, libréré sous pression internationale)

Gracié par l’Algérie, Boualem Sansal vient d’arriver à Berlin ce 13 novembre. Dans un entretien téléphonique avec son confrère Kamel Daoud, lui aussi objet de deux mandats d’arrêts internationaux émis par Alger, l’écrivain algérien livre ses premières impressions, libre après une année de détention. Échange publié en exclusivité par Le Point.

« Salut Kamel ! » lance Sansal d’une voix enjouée, « joyeuse, vive, amusée », selon les mots de Daoud. L’homme n’a rien perdu de sa lumière malgré l’épreuve.

« Je suis costaud, tu sais. Je ne vais pas être détruit par une petite année de prison », affirme-t-il avec détermination. L’écrivain prévoit d’être à Paris « demain ou dans deux jours », dès que son agenda sera « consolidé » après « le côté politique qui passe avant ».

Sur les conditions de sa détention, Sansal révèle l’austérité de son quotidien carcéral. « C’est interdit », répond-il quand Daoud lui demande s’il a pu lire. « Des livres de religion ou en arabe. C’est tout ce qu’il y a là-bas. Mais il y a un trafic de livres en cachette, tu les payes avec des cigarettes ou avec des gâteaux. »

Quant à l’écriture, elle était impossible : « C’est l’isolement. J’étais dans un truc particulier. J’étais comme coupé du monde, sauf les visites de Naziha », son épouse.

L’écrivain a toutefois perçu la mobilisation internationale : « J’avais quelques vagues rumeurs. J’ai quand même compris que ça bougeait partout. Je l’ai senti à un moment donné quand le régime carcéral a changé. J’étais dans un quartier de très haute sécurité. Je n’avais pas vraiment le droit de parler souvent aux autres prisonniers. Ou de les approcher. »

Avant sa libération, Sansal a été transféré de prison en prison, puis à l’hôpital. « C’était très mystérieux », raconte-t-il. Un « visiteur du soir » est venu lui demander de « mettre de l’eau dans [son] vin ». Sa réponse fut sans équivoque : « Vaut mieux me garder encore vingt ans dans ce cas. Si je n’ai pas le droit de parler alors qu’est-ce que je fais sur terre ? Je pourrais être d’accord avec vous si vous faites la paix, si les relations évoluent dans le bon sens parce que la France est l’amie de l’Algérie et c’est vous qui en avez fait un ennemi. »

Ce refus de se taire fait de Boualem Sansal le symbole du courage et de l’amour inconditionnel de la liberté, mais aussi un rappel cinglant de la lâcheté de ses concitoyens qui, quand ils ne justifient pas carrément son arrestation et appellent à sa condamnation à mort, font preuve d’un mutisme absolu face à l’arbitraire qu’il a subi.

Sur l’avenir, l’écrivain se montre optimiste : « J’espère que les relations entre la France et l’Algérie vont évoluer grâce à l’Allemagne et à notre diplomatie. J’ai bon espoir. »

Et à la question de Kamel Daoud sur le message qu’il souhaite transmettre, Boualem Sansal répond sans hésiter : « Tu dis : « Bonjour la France, Boualem revient. On va gagner ! » »

Un message d’espoir et de détermination, porté par un homme qui refuse de se soumettre, même au prix de sa liberté.

 

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