Bienvenue à Hong Kong, au-delà des clichés

Plongée dans le monde bouillonnant de Hong Kong, où les étrangers sont des « western » ou des « gwei lo » et, selon feu la mère de Sam-Yut, l’héroïne française de ce second roman, les Chinois de la diaspora des « waa qiu », des « invités ». Profil bas et gratitude envers le pays d’accueil. Choc de culture entre les première, deuxième et troisième générations.

Hong Kong, « havre parfumé » n’est pas sans évoquer sa baie traversée de paquebots et de jonques, et ses 657 grattes-ciels dont six supertalls (au moins 300 m de haut). Sans oublier ses collines et son funiculaire qui s’élance vers le Peak.

Quartier Kowloon, instagrammable, à la station de métro Tsim Sha Tsui, concentre les shopping centers, les rooftops et les boutiques de luxe. Mais aussi l’odeur des wet markets et les vendeurs accroupis. À la station de métro Central, le Central Mid-Levels de HKG est un système d’escaliers mécaniques. Le plus long du monde, il dessert les niveaux les plus élevés (135 m de dénivelé) à l’abri de la pluie. Vers Hollywood Road, petits stands de rue et brocante battent le pavé. À Causeway Bay, berceau de l’histoire de HKG, s’y est installé en 1840 le premier commerce britannique. On y trouve des malls et un marché aux puces.  Et New Territories, quartier nommé ainsi du temps de l’occupation anglaise. Voilà pour la visite guidée que nous propose par petites touches ce délicieux roman vu par une jeune femme bien dans l’époque.

Auteure et podcasteuse (kiffe ta race), Grace Ly a grandi en région grenobloise avant de s’installer à Paris. Sam-Yut a poussé à Belleville au-dessus du Modern’ pressing tenu par ses parents avant de s’expatrier à Hong Kong, la mégapole chinoise depuis 1997. Ce roman balaie les stéréotypes sur la femme asiatique (soumise, bête de sexe) et la culture d’entreprise qui laisse parfois pantois. Sam Yut travaille dans l’industrie cosmétique spécialisée dans le blanchiement de la peau, autre cliché hérité de la colonisation. Plus la femme est blanche, plus elle est belle, dit la croyance populaire.

Un « meet-cute » sur un bateau la met face à Nicolas, autre expat’. C’est le début d’une idylle qu’elle avait vue dans les oracles. Avec lui, elle redéfinit sa condition : qu’est-ce qu’être chinoise ? Être imberbe ? Être un casse-tête chinois ? Et si c’était être l’héritière d’une ancienne civiliation raffinée, objecte Nicolas en fin érudit ? Et si les clichés n’étaient qu’une projection de nos propres désirs inavoués, dit-il dans une verve néo-féministe ? Et s’il était l’homme de sa vie, cet amoureux plus-que-parfait ?

Cependant, il y a toujours le décor et l’envers du décor. Au lit, Nicolas a des fantasmes de geisha, de trottoir et de bas résille. La fièvre jaune. Fin du conte de fée. Rideau. Sam-Yut a beau se la raconter, la voilà dans le plus moche des clichés : une geisha qui aimerait Hello Kitty. Les asiatiques ont-elles toutes les mêmes cheveux « comme des poupées fabriquées à la chaîne dans une usine de Guangdong ? » écrit l’auteure.

On est à Hong Kong, la boucle ne saurait être bouclée. Que reste-il à Sam-Yut de sa lignée maternelle qui s’enracine au Cambodge ? Bien savoir d’où l’on vient pour savoir où l’on va. Il fallait l’œil mi-sérieux, mi-moqueur de Grace Ly pour y répondre.

Grace Ly, Les nouveaux territoires, Paris, Harper Collins, 2025, 231 pages, 18 euros.

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