IMA : François Gouyette pressenti pour succéder à Jack Lang?

Après la démission fracassante de Jack Lang le 7 février 2026, suite aux révélations concernant ses liens avec Jeffrey Epstein, l’Institut du Monde Arabe (IMA) se trouve à un tournant décisif de son histoire. Si le ministre des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot a annoncé l’ouverture d’une procédure pour désigner le successeur du président démissionnaire, un nom revient avec insistance dans les cercles diplomatiques et culturels : celui de François Gouyette, ancien ambassadeur de France en Algérie.

Un candidat qui revient dans la course

Cette hypothèse n’est pas nouvelle. En février 2023, François Gouyette avait déjà brigué la présidence de l’IMA à la fin de son mandat d’ambassadeur à Alger. À l’époque, malgré un profil particulièrement adapté à cette fonction, c’est Jack Lang qui avait été reconduit pour un quatrième mandat. Mais les circonstances ont changé, et le diplomate chevronné pourrait bien, cette fois-ci, voir ses ambitions couronnées de succès.

L’ancien ambassadeur dispose d’atouts considérables pour ce poste. Contrairement à bien des diplomates français, François Gouyette n’est pas simplement un connaisseur du monde arabe : il en est un véritable passionné, doublé d’un spécialiste reconnu.

Un homme de culture et un arabisant accompli

Né en 1956 à Vincennes, François Gouyette a tissé avec le monde arabe, et particulièrement avec l’Algérie, des liens qui remontent à son adolescence. Dans les années 1970, il passait ses vacances d’été à Alger et à Blida, chez des amis algériens de sa famille. Son père, Maurice Gouyette, avait lui-même vécu une grande partie de son enfance entre Constantine et Alger, et parlait couramment l’arabe dialectal et le kabyle.

Cette immersion précoce a orienté toute la trajectoire du jeune François. Après son baccalauréat, il s’inscrit à l’Institut national des langues et civilisations orientales (Inalco) pour étudier l’arabe classique et littéraire, tout en poursuivant ses études à Sciences Po Paris. Il obtient également un diplôme de traducteur arabe-français, une maîtrise en droit public, et parle couramment, outre le français et l’arabe, l’anglais, le grec et le turc.

Mais ce qui distingue véritablement François Gouyette, c’est sa connaissance intime des cultures que véhicule la langue arabe. Mélomane averti et musicien, il maîtrise non seulement l’arabe dialectal algérien mais également le tamazight (langue berbère). Il possède une connaissance encyclopédique de la musique arabo-andalouse, du chaâbi, du hawzi et du malouf. Il lui arrive même de jouer de la musique chaâbi.

Lors de sa première sortie publique en tant qu’ambassadeur à Alger en octobre 2020, il avait stupéfait son auditoire en récitant un haïku de Mostefa Ben Brahim, grand poète et troubadour du melhoun algérien du XIXème siècle, et en s’exprimant aussi bien en français qu’en arabe dialectal.

Une carrière diplomatique entièrement dédiée au monde arabe

La carrière de François Gouyette, entamée en 1981, s’est déroulée presque exclusivement dans le monde arabe. Premier secrétaire à Tripoli (1981-1983), puis à Djeddah (1983-1985), conseiller à Damas (1990-1993) et à Ankara (1996), il a ensuite occupé des postes d’ambassadeur aux Émirats arabes unis (2001-2005), en Libye (2008-2011), en Tunisie (2012-2016), en Arabie saoudite (2016-2020) et enfin en Algérie (2020-2023).

Entre 2005 et 2008, il a également été chargé du processus euro-méditerranéen au sein du ministère des Affaires étrangères. Plus récemment, en mai 2024, le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin lui a confié, aux côtés de Pascal Courtade, une mission sur l’islamisme politique et la mouvance des Frères musulmans, témoignant de son expertise reconnue sur ces questions sensibles.

Proche de Jean-Pierre Chevènement, pour qui il a été conseiller diplomatique au ministère de l’Intérieur de 1997 à 2001, François Gouyette est considéré comme un fin connaisseur des enjeux géopolitiques du Maghreb et du Machrek.

Le profil idéal pour l’IMA ?

Son épouse, Halima, est d’origine algérienne, ce qui a renforcé ses liens avec le monde de la culture et de la société civile maghrébine tout au long de sa carrière. À Alger, il avait notamment plaidé pour que les Instituts français d’Algérie s’ouvrent davantage à la culture algérienne et proposent des conférences en langue arabe animées par des intervenants français arabophones.

Cette vision d’une coopération culturelle véritablement bilingue et d’un dialogue authentique entre les cultures française et arabe correspond parfaitement aux missions de l’Institut du Monde Arabe. François Gouyette a démontré tout au long de sa carrière qu’il ne se contente pas d’une approche diplomatique classique, mais qu’il cherche à construire des ponts durables entre les peuples et les cultures.

L’IMA, établissement à caractère culturel consacré au monde arabe, soutenu par une fondation financée par l’État français et de nombreux pays arabes dont l’Algérie, pourrait ainsi trouver en François Gouyette un président capable de renouer avec l’esprit d’ouverture et de dialogue qui a présidé à sa création.

Alors que le conseil d’administration doit désigner un président par intérim sous sept jours, puisqu’une procédure de nomination sera lancée pour choisir le successeur définitif de Jack Lang, le nom de François Gouyette s’impose naturellement. Homme de culture, arabisant accompli, diplomate expérimenté et grand connaisseur des cultures arabes, il réunit toutes les qualités requises pour diriger cette institution prestigieuse et lui redonner tout son lustre.

Reste à savoir si, cette fois-ci, sa candidature aboutira. Mais une chose est certaine : François Gouyette incarne une vision de l’IMA qui pourrait réconcilier excellence culturelle, expertise académique et dialogue interculturel authentique.

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