La cause palestinienne, machine à fabriquer des intellectuels-tyranneaux

La cause palestinienne est devenue une machine à fabriquer des tyranneaux, notamment dans le monde musulman. Tu n’es rien ? Tu n’as aucune légitimité pour prendre la parole, pour masquer ta lâcheté ? C’est facile : épouse la cause palestinienne, apitoie-toi derrière ton écran sur les enfants qui meurent à Gaza, achète-toi un keffieh dans le bazar du quartier, prononce trois phrases contre Netanyahu sur une radio locale que même ses propres journalistes n’écoutent pas, et te voilà « grand intellectuel », éligible au débat public et habilité à distribuer des certificats de patriotisme. À partir de là, tu as les portes ouvertes. Partout.

Mais le métier d’intellectuel est fondé sur une vigilance citoyenne de tous les jours. Il faut veiller, s’informer, documenter, identifier le bon sens de l’Histoire, éclairer le chemin vers l’avenir. Or, à tout cela, travail laborieux qui exige patience, persévérance, audace et effort de pensée, tu n’es pas préparé.

Alors, tu vas faire quoi ? Là aussi, c’est facile. Tu te fous de quel côté se situe la justice. Il y a une tyrannie, elle est là, forte, armée, capable de réduire en cendres tous ceux et toutes celles qui s’y opposent. Alors, sans qu’on te le demande, tu te mets à son service. Là non plus, tu ne sais pas comment faire, et puis la concurrence est rude. Dans la contrée, les lâches, ce n’est pas ce qui manque. Tu es arrivé en retard.

Il te faut quoi pour t’assurer une petite place ? Eh bien, tu vas t’attaquer à ceux qui s’opposent à la tyrannie. Cibles vulnérables, faciles à dénoncer, tu vas les accabler de tous les maux, de tous les échecs du tyran. Tu deviens, sans contrepartie et sans honneur, une petite main de la tyrannie, un tyranneau. Un intellectuel peut-être pour ceux et celles comme toi qui pensent que la raison est toujours du côté de celui qui tient le revolver, mais un tyranneau pour l’Histoire.

Car l’Histoire, elle, ne pardonne pas. Elle classe, elle trie, elle distingue. Et dans ses pages, tu ne seras jamais celui qui a pensé, mais celui qui s’est couché. Pas celui qui a éclairé, mais celui qui a obscurci. Pas l’intellectuel, mais le supplétif de service, le courtisan sans cour, le chien de garde qui aboie pour des miettes qu’on ne lui jettera jamais.

Vous qui faites profession de conscience au rabais, vous qui transformez chaque tragédie en faire-valoir personnel, vous qui mesurez votre courage à l’aune de votre distance avec le danger, sachez-le : l’imposture a toujours une date de péremption. Le keffieh finira au fond d’un tiroir, les slogans changeront avec les saisons, mais votre lâcheté, elle, restera consignée. Non pas dans les livres d’histoire, vous n’y figurerez même pas, mais dans le regard de ceux que vous aurez trahis par votre silence calculé, votre indignation sélective, votre servitude volontaire.

Les vrais intellectuels, eux, paient le prix de leurs convictions. Ils risquent, ils perdent, ils résistent. Vous ? Vous encaissez les dividendes de votre lâcheté. En dignes petits intellectuels-tyranneaux.

2 thoughts on “La cause palestinienne, machine à fabriquer des intellectuels-tyranneaux

  1. Conjonction d’ondes ou télépathie, j’ai songé moi aussi tremper ma plume pour dénoncer cette subite fièvre de patriotisme qu’eprouvent certains énergumènes en mal de reconnaissance.
    Jusqu’à récemment ce n’était que les ouailles de la badassia-novembria qui s’echinaient à draper l’imposture en s’affirmant dans l’outrance.
    A moins que l’élargissement de l’inénarrable belghit sonne le glas de la retenue et donne quitus au réveil des bas instincts et à la libération des discours de haine.
    Le pire est que cela advient des personnes que l’ont soupçonnerait jamais de nourrir de tels sentiments.
    Comment comprendre qu’un artiste qui jusqu’alors égayer nos fêtes et qu’un autre sur d’autres domaines, qui plus est, compagnon du grand Kateb puisque sombrer dans de tels agissements si ce n’est pour le besoin de se faire remarquer ou plus connaître auprès des détenteurs de subsides.
    En ces temps de répression orientée, at taquer ou critiquer les militants quels que soient leurs idéaux releve davantage de la servilité que du patriotisme.
    L’entourage les suspectent d’espérer l’ouverture de bars et dépôts de boisson pour l’un et pourquoi pas un ministère pour l’autre.
    Cette attitude à un nom ; l’encanaillement.
    Je ne citerai pas de noms toutefois l’artiste et le militant des causes – bien que justes – se reconnaîtront.

  2. Conjonction d’ondes ou télépathie, j’ai songé moi aussi tremper ma plume pour dénoncer cette subite fièvre de patriotisme qu’eprouvent certains énergumènes en mal de reconnaissance.
    Jusqu’à récemment ce n’était que les ouailles de la badassia-novembria qui s’echinaient à draper l’imposture en s’affirmant dans l’outrance.
    A moins que l’élargissement de l’inénarrable belghit sonne le glas de la retenue et donne quitus au réveil des bas instincts et à la libération des discours de haine.
    Le pire est que cela advient des personnes que l’ont soupçonnerait jamais de nourrir de tels sentiments.
    Comment comprendre qu’un artiste qui jusqu’alors égayer nos fêtes et qu’un autre sur d’autres domaines, qui plus est, compagnon du grand Kateb puisque sombrer dans de tels agissements si ce n’est pour le besoin de se faire remarquer ou plus connaître auprès des détenteurs de subsides.
    En ces temps de répression orientée, at taquer ou critiquer les militants quels que soient leurs idéaux releve davantage de la servilité que du patriotisme.
    L’entourage les suspectent d’espérer l’ouverture de bars et dépôts de boisson pour l’un et pourquoi pas un ministère pour l’autre.
    Cette attitude à un nom ; l’encanaillement.
    Je ne citerai pas de noms toutefois l’artiste et le militant des causes lointaines – bien que justes – se reconnaîtront.

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