
Ferhat Mehenni falsifie l’histoire du FFS et du RCD : à quand la fin de l’imposture ?
J’ai toujours pensé et dit que Ferhat Mehenni est un agent dangereux en ce sens qu’il ne recule devant rien pour atteindre ses objectifs. Ses sorties publiques me donnent à chaque fois raison.
Il y a quelques jours, le 8 janvier 2026, il se faisait interroger complaisamment par un de ses adeptes en se présentant comme un acteur soucieux de rétablir des vérités sur « l’histoire politique kabyle. » Ce faisant, il sombre dans la pire des impostures intellectuelles : se poser en dénonciateur des falsifications du passé pour se livrer lui-même à un révisionnisme qui n’a rien à envier à celui du FLN. Avec en prime un penchant morbide qui consiste à impliquer dans ses mystifications des femmes et des hommes décédés auxquels Mehenni n’hésite pas à imputer des propos ou des positions qui confortent son discours, quitte à entrainer ces disparus dans des récits qui sont à l’opposé de leurs combats et convictions.
Mehenni aborde le parcours de Hocine Ait Ahmed et la naissance du RCD. Quelques années auparavant, dans un entretien accordé à Kamel Lakhdar-Chaouche publié par le site Dzvid.com, il suggère être un proche d’Ali Mécili lequel, dit-il, « a financé mes deux premiers albums » via la coopérative Imedyazen « qu’il avait financée entièrement de sa poche » tout en attribuant à ce dernier un combat anticolonialiste, le colonialisme dans cette occurrence étant incarné par l’Algérie. « Tout le monde sait qu’il [Ali Mecili] a dû payer pour son combat contre le régime colonialiste algérien », affirme-t-il. Hallucinant.
A chaque fois que l’histoire est convoquée pour des buts troubles, tout citoyen ayant accédé à un témoignage ou un évènement se doit d’intervenir en son âme et conscience pour participer à la clarification des situations évoquées. Ces deux sorties me donnent l’occasion de remettre les pendules à l’heure car, en tant qu’universitaire, j’ai travaillé sur le mouvement national où Ait Ahmed a joué un rôle important et j’ai édité des ouvrages sur ce sujet, notamment celui de Amar Mohand-Amer. Pour ce qui concerne le RCD, j’ai naturellement lu avec attention les mémoires du docteur Sadi dont j’ai publié les cinq tomes. Enfin, j’ai eu à m’intéresser à la coopérative Imedyazen qui fut le premier éditeur du roman Askuti que j’ai moi-même réédité en 2016.
On est stupéfait par l’effronterie avec laquelle Ferhat Mehenni s’affranchit du minimum de rigueur morale et de prudence politique sans se soucier du fait que ses allégations soient démenties par des faits et des documents irréfutables.
Réduire le rôle de Hocine Ait Ahmed – qui a toujours tenu à se fondre dans le moule du mouvement national avec lequel il revendique une filiation constante – à une mission de rebelle kabyle pour valider l’option séparatiste est proprement indécent. Un pas de plus et le fondateur du FFS serait revendiqué comme père spirituel du MAK. Pourtant, Ait Ahmed, nationaliste algérien convaincu, a mainte fois expliqué, publiquement, l’esprit de la révolte de 1963. « En 1963 le FFS est né, d’abord et surtout pour barrer la route à la guerre civile. Un jour cette vérité historique sera reconnue et justice lui sera rendue. En 1963 le FFS naquit pour la liberté, les libertés, toutes les libertés, pour un socle constitutionnel incontesté et incontestable, pour le respect du pluralisme et de tous les pluralismes. Ces fondements et ces objectifs restent encore à atteindre et à concrétiser », a-t-il déclaré entre autres à l’ouverture du 4e congrès du FFS, le 9 septembre 2007 à Alger.
Quand Mehenni déclare que le RCD est né un beau matin du 9 février 1989, il confond délibérément la structuration officielle de ce parti avec les préparatifs de la fondation auxquels il a pourtant été associé et qui ont duré d’avril 87 à février 89. Dans le tome 3 de ses mémoires, La haine comme rivale, Said Sadi présente de larges extraits des documents qui faisaient état de l’avancement des rencontres et débats sur les orientations idéologiques de la future formation, les référents culturels et organisationnels qui allaient inspirer son projet de société et son programme… A ce jour, ces documents, dont certains étaient déjà publiés dans le livre Le RCD à cœur ouvert sorti en 1991 aux éditions Parenthèses, n’ont fait l’objet d’aucune contestation. On apprend dans le tome 3 qu’une université d’été qui a regroupé plus de cent étudiants a été organisée sur une plage à l’est d’Azeffoun à l’été 1988 et qu’un meeting d’annonce de l’initiative de la création d’un parti qui a rassemblé plus de 30 000 personnes au stade Oukil Ramdane ont précédé les assises du 9 février. De son côté, l’émigration avait produit une contribution d’une soixantaine de pages en amont des Assises que Mehenni présente comme la réunion fondatrice du RCD.
Pourquoi Mehenni occulte-t-il un travail qui a duré 22 mois au nom d’une prétendue recherche de vérité et de transparence, sachant que des centaines de personnes peuvent débusquer sa censure ?
Une explication généreuse de cette amnésie serait que l’implication de Mehenni dans la fondation du RCD aura finalement été un apport superficiel ; d’où le souvenir éthéré qu’il en garde ; l’essentiel du labeur ayant été l’œuvre de Said Sadi et Mustapha Bacha ainsi que ceux qui les avaient accompagnés au pays et dans l’émigration. L’autre hypothèse renverrait à un cynisme qui ne s’embarrasse pas de preuves ou de cohérence quand il faut effacer ce qui contrarie les mises en scène par lesquelles Mehenni cherche à s’inventer une consistance politique qu’aucune production intellectuelle sérieuse ne vient corroborer.
Mais il y a pire dans cette « mise au point » quand il déclare : « La formule souvent reprise – ‘‘le MCB est mort vive le RCD’’ – n’a été prononcée ni par Said Sadi ni par Ferhat Mehenni, mais par Meziane Babouche, lequel sera exclu du RCD un an après sa création. » Méhenni sait mieux que quiconque que cette expression qui avait beaucoup choqué les militants avait bel et bien été dite par lui-même et qu’elle avait été rapportée par l’hebdomadaire Algérie Actualité qui avait couvert les assises du MCB. Pourquoi commettre pareil mensonge, qui plus est au nom d’un homme aujourd’hui disparu ?
Auparavant Mehenni avait accablé Said Dirami et Mohand Aouchta, militants exemplaires également décédés, de forfaitures qui avaient soulevé une immense indignation dans les cercles militants et sympathisants. Ce manque de scrupules à jouer cyniquement de la mémoire et de l’honneur des morts pour se faire valoir est une pratique récurrente chez Ferhat Mehenni.
Enfin, de ce que j’ai cru avoir compris, l’édition des 2 albums de Ferhat Mehenni n’avait rien de particulier. Elle s’inscrivait dans les activités ordinaires de la coopérative Imedyazen, tout comme la publication du roman Askuti du docteur Sadi, du livre Au nom du peuple qui rassemblait les déclarations des membres de la Ligue des droits de l’homme devant la Cour de sureté de l’État… Et, selon des témoignages recoupés de plusieurs acteurs de l’époque, le défunt Ali Mécili n’était intervenu dans aucun de ces évènements culturels. Prétendre que c’était lui – encore un mort qui ne peut pas parler – qui aurait personnellement financé ces albums, c’est afficher une relation privilégiée avec l’adjoint de Hocine Ait Ahmed alors que Ferhat Mehenni n’a jamais milité dans le FFS. Quant à lui prêter un « combat contre le régime colonialiste algérien », cela relève tout simplement du délire absolu. Ali Mecili était un opposant sincère qui militait pour une Algérie libre et démocratique. En attestent bien son rôle décisif dans le rapprochement entre Hocine Ait Ahmed et Ahmed Ben Bella en 1985 et le nom qu’il a donné au journal qu’il a fondé en 1986 : Libre Algérie. Sa trajectoire intellectuelle et politique, a été largement retracée par Hocine Ait Ahmed dans L’Affaire Mecili ainsi que par Said Sadi, chef de file du FFS Algérie dans les années 1980, dans La fierté comme viatique, tome 2 de ses mémoires. Et elle fait largement consensus.
S’autoproclamer roi de la Kabylie est déjà une délirante présomption. Le faire en construisant son image sur des affabulations qui souillent les combats de martyrs qui ont consenti le sacrifice suprême est une double imposture.
Où s’arrêteront les divagations de Ferhat Mehenni ?
