Boualem Sansal gracié par l’Algérie après l’intervention de l’Allemagne

Ce mercredi 12 novembre 2025, la présidence algérienne a annoncé que le président Abdelmadjid Tebboune avait accepté de gracier l’écrivain franco-algérien Boualem Sansal, emprisonné depuis presque un an. Cette décision fait suite à une demande officielle du président allemand Frank-Walter Steinmeier, qui avait sollicité lundi dernier un « geste humanitaire » auprès de son homologue algérien.

Le président algérien a répondu favorablement à cette demande, motivée par des raisons humanitaires compte tenu de l’âge avancé de l’écrivain et de son état de santé fragile. Boualem Sansal, 80 ans, souffre d’un cancer de la prostate et avait passé une partie de sa détention entre la prison de Koléa et le pavillon carcéral du CHU Mustapha-Pacha.

Le président Steinmeier avait proposé que l’écrivain soit transféré en Allemagne pour y recevoir des soins médicaux appropriés. Cette intervention allemande a permis de débloquer une situation qui semblait sans issue, malgré les nombreux appels à la libération lancés depuis des mois par la communauté internationale.

Boualem Sansal avait été arrêté le 16 novembre 2024 à son arrivée à l’aéroport d’Alger. Son arrestation faisait suite à des déclarations controversées faites en octobre 2024 dans une interview accordée au média français d’extrême droite Frontières, où il avait affirmé que l’Algérie avait récupéré des territoires appartenant au Maroc lors de la colonisation française.

Ces propos, jugés offensants pour la souveraineté algérienne, lui avaient valu d’être inculpé pour « atteinte à l’unité nationale », « outrage à corps constitué », « pratiques de nature à nuire à l’économie nationale » et « détention de vidéos et de publications menaçant la sécurité et la stabilité du pays ».

Le 27 mars 2025, après un procès de seulement vingt minutes au tribunal de Dar El Beïda, Boualem Sansal a été condamné à cinq ans de prison ferme et à une amende de 500 000 dinars algériens (environ 3 500 euros). Durant ce procès, l’écrivain a assuré lui-même sa défense, contestant la qualification retenue par l’accusation et invoquant sa liberté d’expression.

Le 1er juillet 2025, la cour d’appel d’Alger a confirmé cette peine de cinq ans de prison, alors que le parquet avait pourtant requis dix ans d’emprisonnement. L’écrivain a ensuite renoncé à se pourvoir en cassation, rendant sa condamnation définitive. Fait marquant : le 5 juillet 2025, lors de la fête nationale algérienne, plus de 6 500 détenus ont bénéficié d’une grâce présidentielle, mais Boualem Sansal en a été exclu, suscitant une immense déception parmi ses soutiens. L’affaire Sansal s’inscrit dans un contexte de crise diplomatique sans précédent entre l’Algérie et la France, exacerbée depuis juillet 2024 par l’annonce du soutien français aux positions marocaines sur le Sahara occidental. Cette crise s’est traduite par des expulsions réciproques de diplomates, le rappel des ambassadeurs et des restrictions sur les visas diplomatiques.

L’intervention allemande, par sa nature diplomatique et humanitaire, a permis de sortir de l’impasse là où les démarches françaises avaient échoué. Le président Steinmeier avait souligné que Boualem Sansal avait reçu le Prix de la paix des libraires allemands, justifiant ainsi l’implication de Berlin dans ce dossier.

Depuis son arrestation, l’écrivain a bénéficié d’un soutien international massif. Trois comités de soutien ont été constitués, rassemblant plus de 1 300 membres de diverses nationalités. De nombreux intellectuels et écrivains de renom, dont Arnaud Benedetti, Margaret Atwood, Kamel Bencheikh, Kamel Daoud, Elfriede Jelinek, Said Sadi, David Grossman et Orhan Pamuk, ont signé des tribunes demandant sa libération.

Le Parlement européen avait également adopté, en janvier 2025, une résolution condamnant son arrestation et réclamant sa libération immédiate et inconditionnelle ; La libération de Boualem Sansal marque ainsi la fin d’un an d’emprisonnement pour un écrivain reconnu internationalement, auteur notamment de 2084, la fin du monde et du Village de l’Allemand, dont l’œuvre interroge les dérives totalitaires et religieuses dans le monde arabe.

 

One thought on “Boualem Sansal gracié par l’Algérie après l’intervention de l’Allemagne

  1. C’est une libération salutaire, je suis le premier à applaudir. Faut-il parler de la situation politique, tant national, qu’internationnal, qui a présidé à cette heureuse liberation,où se contenter de voir seulement le bon côté des choses. Il y a des détenus algériens qui sont malades et qui doivent,eux aussi, bénéficier d’une grâce, pour raison humanitaire. Les gestes humanitaires à deux vitesses, cela n’existe pas

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *