« La baronne de minuit », plongée dans le XVIIIe siècle français

Soif d’Histoire ? On peut regarder le film « Jeanne du Barry » écrit et réalisé par Maïwenn, sur Netflix actuellement. La plèbe, la roture, la noblesse. Les filles de rien ne sont-elles pas prêtes à tout ? C’est le point commun avec le roman « la baronne de minuit » de Isabelle Duquesnoy (Verso).

Nous sommes en 1789. Liselotte de Beaupré doit fuir son domaine menacé par les révolutionnaires et quitter Sarong, son bel amant venu du Siam. Comme d’autres artistocrates terrorisés, elle cherche à gagner l’Angleterre. La belle part démunie, sans le sou. Vulnérable au possible, elle a affaire à des malfrats, des truands, des hommes qui exercent sur elle un droit de cuissage. Pour survivre au cours de ce périple houleux, elle repense à sa vie d’antan, dorée, au milieu de la nature et de ses chers oiseaux. L’auteure a le don de décrire des scènes comme des tableaux au Louvre. Page après page, nos cinq sens sont convoqués et l’on plonge sans retenue dans cette histoire aussi réaliste que dingue.

Une fois en Angleterre après une traversée rocambolesque de la Manche sur un rafiot, Liselotte se fait exploiter comme petite bonne à tout faire. Mais elle est née sous une bonne étoile. Une femme du monde l’introduit dans le milieu de la mode et la voilà coursier et préposée à l’emballage des étoffes précieuses destinées aux dames grosses, maigres, jeunes et vieilles, qui composent la haute société anglaise. Et puis Liselotte se rend compte qu’elle est enceinte de quatre mois. De son bel amant venu du Siam quand elle savourait à peine un veuvage bien mérité. Bien mariée pour fuir la roture, Liselotte fut malheureuse en ménage. D’où la passion avec le beau Narong.

Fille mère, en attendant, voilà un titre pas noble du tout qui les condamneraient, elle et son enfant. Que faire ? Chance encore, le hasard met sur sa route un châtelain auquel elle vient livrer une robe pour Céleste, sa petite fille. On lui offre le thé et un pudding au suif. Dans un décor spectral, elle découvre une collection d’animaux empaillés. Au cœur de ce château, mystère, on vit la nuit. Est-ce le bal des vampires ? Céleste avec ses yeux rouges et sa chevelure blanche est une enfant étrange et l’on craint pour elle les lueurs du jour. La bonne éducation de Liselotte joue pour elle. Le châtelain, Perceval Jones, l’engage comme préceptrice pour Céleste. Est-ce la fin d’une existence précaire ?

Va-t-elle lui dire, pour sa grossesse ? Contre toute attente, Percy accueille bien la nouvelle et lui propose même le mariage. Lui-même a un secret lourd à porter, qu’il ne peut partager qu’avec Liselotte. Lequel secret, une fois éventé, les condamnera tous à l’exil. Nouveau rebondissement : La fuite en calèche les conduit en France, au château d’autrefois où Liselotte espère en douce revoir Sarong, son amant et père de son petit garçon. Le château a été vandalisé, c’est la Révolution. Parviendront-ils à retrouver un équilibre ? À cohabiter tous ensemble, le mari, l’amant et les enfants ? Sans oublier le petit personnel. Dans cette curieuse maison ouverte aux quatre vents, dépouillée de tout artifice. 488 pages de roman haletant, gourmand, charnel et pictural à souhait. Un grand bonheur.

 

Isabelle Duquesnoy, La baronne de minuit, le château des soupirs, Paris, éditions du Sauil, 488 pages, 21.90 €

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