« Les petites révolutions d’une Française à Téhéran » : quand une Parisienne part à la découverte d’un Iran jeune et trendy

De l’Iran, on connaît la rue des Entrepreneurs, Paris XV, rebaptisée « Little Téhéran ». Sans oublier le cinéma iranien avec ses hits tels que « Taxi Téhéran» de Jafar Panahi. Et puis, c’est tout.

Shirin Rashidian, scénariste et directrice littéraire, est née là-bas. Son premier roman Les petites révolutions d’une Française à Téhéran  a fait couler de l’encre à sa sortie en mai dernier. C’est que l’on n’est pas habitués à un ton primesautier pour raconter une telle destination, surtout actuellement (programme nucléaire, guerre Iran-Israël, l’affaire Mahsa Amini).

Le grand public avait découvert le farsi et la culture perse en 2015 sous la plume de la journaliste Delphine Minoui, avec son récit Je vous écris de Téhéran, sous la forme d’une lettre posthume à son grand-père.

Dans le roman de Shirin Rashidian, Lila, jeune Parisienne épicurienne, apprend lors d’un test ADN qu’elle est 100% iranienne, quand elle se croyait de père français. Très moderne, cette histoire d’ADN. Elle peut mener loin. Lila s’envole alors pour Téhéran, espérant faire la connaissance de son grand-père maternel et de la lignée paternelle. Une enquête personnelle la mènera in fine sur les traces de Darioush, son père biologique mort lors de son incarcération dans les années 80, pendant la révolution islamique et la guerre Iran-Irak.

Et c’est là que tout commence. Véritable page turner, ce roman plein de vie nous entraîne dans sa course folle. Voilée des pieds à la tête, Lila la fêtarde découvre tout d’abord qu’elle est enceinte. Qui est le père ? Mystère. Une soirée parisienne arrosée, un flirt en entraînant un autre. À quarante ans, mère célibataire et pourquoi pas ? Il y a finalement toujours un père manquant sur l’échiquier. Fusionnelle avec Parissa, sa mère, elle lui cache cependant sa grossesse et son voyage imminent en Iran. C’est libre de tout jugement qu’elle part sur les traces de ses origines. Dès qu’elle pose le pied à Téhéran, elle découvre à la fois le flicage et la jeunesse passée maître dans l’art de tromper son prochain et de contourner les interdits. Les récits de fêtes sous le manteau sont savoureux. L’alcool est contenu dans des bouteilles de jus de pomme. Le voisin se déguise en femme voilée pour vivre son homosexualité tranquillement.  À la lecture de ces tribulations, on sourit souvent, on a l’impression de danser avec eux, avec elles, Lila, Reza, Neda, etc. On apprend de page en page où se cache la frivolité des femmes coquettes qui sortent vêtues dans leurs habits de corbeaux. On découvre les mœurs locales, le taarof, un art de vivre qui consiste à s’effacer devant l’autre, même si on pense le contraire. Bien sûr, l’interlocuteur ne doit pas prendre un « non » ou un « oui » au pied de la lettre.

Roman gourmand, il fait la part belle à la cuisine iranienne. Le grand-père restaurateur fait entrer sa petite-fille dans sa brigade. Elle met au menu du gigot d’agneau et des pommes frites, à la grande joie de la clientèle. Paris, ah Paris ! Le voyage se fait dans l’assiette, au carrefour de la gastronomie française et l’iranienne. On se régale par mots interposés de Zereshk polo, ce riz au poulet et aux épines-vinettes. De Gheymeh, ce ragoût à la tomate et au citron séché. Miam.

Enfin, roman sensuel, il met en scène l’attirance de Lila pour Ali, le jeune Iranien beau comme un prince. Elle imagine avec lui les mille et une nuits. Très vite, il devient son chevalier servant. Mais une vérité en cache une autre. Au fond, qui est vraiment Ali ?

 

Shirin Rashidian, Les petites révolutions d’une Française à Téhéran, Paris, Flammarion, 2025, 250 pages, 20 euros.

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